
Analyse des coupes de bois dans la forêt domaniale de Verrières
Les Amis du Bois de Verrières ont analysé les données officielles fournies par l’Office national des forêts (ONF). Cette analyse sur 20 ans, permet de comparer ce que la forêt a produit naturellement et ce qui a réellement été coupé.
1. Une forêt qui produit de moins en moins
La forêt domaniale de Verrières est un milieu naturel fragile. Elle produit chaque année du bois grâce à la croissance des arbres. C’est ce qu’on appelle l’accroissement biologique. Mais cette croissance diminue sous l’effet du changement climatique (ralentissement de la croissance des arbres, augmentation de leur mortalité).
Entre 1991 et 2024, l’accroissement biologique est passé de 5m3 /hectare, à 4,05 m³/ hectare, soit une baisse de 19% en une trentaine d'année.
La forêt est plus fragile et moins résiliente, et tous les indicateurs indiquent que cette baisse de croissance risque de se poursuivre.
2. Combien de bois était-il prévu de couper au dernier plan d'aménagement ?
Le Plan d’Aménagement est la feuille de route du forestier. Il fixe le cadre de la gestion durable et les volumes de bois à récolter. Le dernier plan d'aménagement (2005‑2024) a été établit sur des estimations plus optimistes (hors contexte de réchauffement climatique) et supposait une croissance stable, ce qui n’a évidemment pas été le cas.
Les prévisions annuelles des récoltes de bois s'élevaient à 1 920 m³ pour 503,24 ha de surface forestière exploitée (hors réserve biologique, emprises au sol).
3. Combien de bois a été vendu ?
Chaque année, l’ONF recense :
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le bois vendu,
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les coupes accidentelles (sécuritaires, sanitaires, entretien des lignes électriques HT).
⚠️ Mais il ne comptabilise qu'une partie des coupes de bois, puisque les pertes d’exploitation non commercialisées (houppiers, bois mort ou laissé au sol) ne rentrent pas dans la comptabilité. L'écart entre les coupes réelles de bois et les ventes représenterait ainsi entre 20-25 % supplémentaires.
👉La quantité réelle de bois prélevé est donc supérieure à ce qui est vendu.
Même si les prélèvements semblent « stables » depuis des décennies, ils sont toujours supérieurs aux prévisions.

Document comité de massif ONF 2025 - Volumes prévu et vendu sur la gestion passée.
4. Ce que montrent nos graphiques
L'illustration ci-dessous indique quatre indicateurs sur 20 ans :
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Accroissement naturel (ce que produit la forêt)
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Volume vendu
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Moyenne des volumes vendus 2005-2024
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Moyenne des volumes prélevés (bois vendu + accidentels)
⚠️ La vente de bois depuis 2005 est équivalente à l'accroissement de la forêt.

Graphique des volumes vendus en forêt de Verrières 2005-2024 (Amis Bois de verrières)
4. Tendance cumulée
Année par année, la situation peut sembler acceptable. Mais cumulée sur 20 ans, elle révèle une réalité différente:
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De 2005 à 2017, on a coupé plus de bois que ce la forêt n’en produisait.
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Après 2017, les coupes diminuent, pas par choix écologique, mais mais parce que les volumes élevés du début ont été diminués.
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A partir de 2020, les chiffres semblent s’équilibrer : cela peut donner l’impression que tout va bien, mais sans marge écologique réelle.
En clair :
Si l’on coupe chaque année autant de bois que la forêt en produit, alors la forêt n’a aucune marge de résistance pour faire face aux sécheresses, maladies ou tempêtes.
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Le graphique ne montre pas seulement les chiffres année par année, il permet de voir la tendance générale cumulée d'une année sur l'autre.
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Ligne pointillée noire : prélèvements prévus dans le plan d’aménagement (1920 m3/an) : c’est le cadre théorique.
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Courbe marron : accroissement naturel (4,05m3/ha/an) : c’est ce que la forêt produit chaque année.
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Courbe mauve : volumes prélevés : c’est le bois vendu et les coupes accidentelles.
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Courbe rouge : bilan (accroissement – prélèvements) : quand elle est en dessous de zéro, cela signifie que les coupes dépassent l'accroissement = décapitalisation.
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Les barres bleues représentent la même information que la courbe mauve mais non cumulée d’une année sur l’autre.
5. Volume martelé ou “désigné”
Un autre graphique similaire au précédent mais qui inclut le volume « désigné » (ou martelé) courbe bleue : c’est le bois prévu à être coupé.
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Cette gestion à flux tendu, dans une foret urbaine très fréquentée, dont la fonction sociale est prioritaire, risque
ce qui montre une pression accrue sur la ressource forestière.
Graphique avec les volumes martelés (désignés).
5) Une “baisse des coupes” qui ne doit pas tromper
Bilan sur 2005-2024 :
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Volumes prévus (plan de gestion) : 3,57 m3/ha/an
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Volumes vendus : 3,64 m³/ha/an
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Coupes accidentelles : 0,35 m3/ha/an
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Total des coupes : 3,99 m3/ha/an
👉 Les coupes réalisées sont égales à l'accroissement biologique de la forêt (4,05 m3/ha/an) et elles dépassent les volumes qui étaient prévus.
Les coupes accidentelles (sanitaires, sécuritaires, entretien HT), qui représentent 8,08%, ne sont pas venues en déduction des autres coupes.
Coupes de bois = accroissement → forêt sous tension.
Pendant ce temps, la production biologique diminue.
Résultat :
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pression croissante sur la forêt,
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faible capacité de régénération,
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risque climatique accru.
Accroissement entièrement prélevé : un équilibre comptable, pas un équilibre écologique.
Taux des prélèvements (hors pertes d'exploitation) = 100% de de ce que la forêt produit chaque année.
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Sur 20 ans, tout ce que la forêt a produit a été coupé.
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Dans un contexte de changement climatique, cette gestion affaiblit sa résilience et sa résistance.
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Prélever plus de bois, c’est empêcher la forêt d’atteindre une certaine maturité ce qui lui permettrait d’abriter plus de biodiversité, de stocker plus de carbone et de fournir plus de bois utilisable en bois d’œuvre.
En résumé
Une forêt n'est pas une usine à bois
C’est un milieu vivant, fragile à protéger. Couper moins que l’accroissement peut être durable en volume, mais pas forcément en santé de l’écosystème. La durabilité réelle doit intégrer la résilience, la biodiversité, le fonctionnement des sols, et la capacité de régénération naturelle.
Si la mortalité augmente, l’accroissement net diminue
L’accroissement net = croissance – mortalité. Si la mortalité augmente (sécheresse, canicule, maladies, insectes, tempêtes), alors :
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la forêt perd plus d’arbres naturellement
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même si elle “croît”, le gain net diminue
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donc le volume disponible à l’exploitation diminue
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et l’exploitation peut devenir supérieure à ce que la forêt peut supporter à long terme
La biodiversité peut être dégradée même si on coupe peu
La durabilité ne se résume pas au volume de bois. Si la forêt est exploitée de façon répétée, même avec des volumes “raisonnables”, cela peut :
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casser les continuités écologiques (habitats)
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diminuer les vieux arbres et les zones humides
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appauvrir les sols (compaction, perte d’humus)
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réduire les habitats des espèces sensibles (oiseaux, insectes, champignons…)
Le bois mort est indispensable à l’écosystème
Beaucoup de personnes pensent que “bois mort = déchet”. En réalité, c’est un élément vivant de la forêt :
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il nourrit les champignons et micro-organismes
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il sert d’abri aux insectes, oiseaux, petits mammifères
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il permet le recyclage des nutriments
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il favorise le renouvellement naturel (germination, micro-habitats)
👉 Si on retire systématiquement le bois mort, on détruit une partie essentielle de la forêt.
➡️ Conséquence : a forêt devient moins productive à long terme, car le sol s’appauvrit et la biodiversité chute.
Nous défendons :
une baisse des prélèvements, pas des ajustements temporaires ;
l’intégration de toutes les coupes (y compris celles commercialisées) dans les bilans ;
une forêt publique gérée dans l’intérêt général, et non selon une logique de rentabilité économique.

