La biodiversité disparue du bois de Verrières : le témoignage de Lucien Jean
- Les Amis du Bois de Verrières
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Dans les archives de l’association dormait un trésor : le témoignage de Lucien Jean, habitant de Verrières‑le‑Buisson, aujourd'hui disparu, relatant près de soixante dix ans d’observations naturalistes dans le bois de Verrières. Il y décrit une biodiversité autrefois foisonnante — insectes, papillons, coléoptères, oiseaux — aujourd’hui presque entièrement disparue.
C’est un texte rare, à la fois mémoire, avertissement et hommage à une nature qui s’efface.

Lucien Jean découvre la forêt de Verrières en 1934
« J'ai vu la faune disparaître de façon irréversible. »
Cette phrase, écrite par Lucien Jean dans une lettre adressée à Daniel Prunier, entomologiste et fondateur des Amis du Bois de Verrières, consacrée à la biodiversité du bois de Verrières, résonne aujourd'hui avec une force particulière.
Naturaliste passionné, Lucien découvre le bois de Verrières en 1934. Pendant près de sept décennies, il observe son évolution, passant d'une nature foisonnante à un milieu progressivement appauvri. Son regard, affûté par une vie entière d'observations de terrain, fait de son témoignage à la fois une source historique précieuse et un véritable cri d'alarme écologique.
Quand le bois de Verrières débordait de vie
Dans les années 1930, la Butte Rouge n’était encore qu’un ensemble de vergers, de friches fleuries et de vieux cerisiers. La biodiversité y était exceptionnelle.
Lucien Jean y observe de nombreux insectes aujourd'hui devenus rares ou disparus localement : des longicornes comme Saperda scalaris, Clytus arietis ou Clytus rusticus, des carabes forestiers tels que Carabus nemoralis, monilis et problematicus, mais aussi des papillons remarquables comme le Damier de la succise (Melitaea aurinia), l'Agreste (Hipparchia semele) ou le Grand nacré (Argynnis paphia).
Dans le marais de la Sygrie prospèrent également de nombreuses chrysomèles liées aux zones humides.
Il se souvient notamment de l'abondance des oiseaux :
« Des quantités de mésanges charbonnières, bleues ou à longue queue, qui n’avaient que l’embarras du choix tant il y avait d’insectes ».
L’après guerre : le basculement
Selon lui, les premières grandes ruptures apparaissent après la Seconde Guerre mondiale. Durant l'Occupation, malgré les difficultés de l'époque, les véhicules étaient rares et les populations d'insectes demeuraient abondantes. Après 1945, l’urbanisation, l’usage croissant des pesticides, la pollution atmosphérique liée aux gaz d’échappement des automobiles et des avions, ainsi que la généralisation de pratiques d’entretien mécanisées, ont entraîné un déclin rapide des populations d’insectes.
Au fil des décennies, il constate la disparition progressive de nombreuses espèces d'insectes, la raréfaction des papillons, l'assèchement des zones humides, la destruction des vieux arbres et la banalisation des milieux naturels.
Le marais de la Sygrie, jadis riche en menthes et en insectes spécialisés, n’est plus qu’un filet d’eau sale. Les fossés forestiers, autrefois riches d'alliaires, de valérianes, de ronces et chardons, sont désormais raclés jusqu’au sol. Résultat : moins de plantes, moins d'insectes et, par conséquent, moins de nourriture pour les oiseaux.
Lettre de Lucien Jean (date estimée autour de 2000). Cliquer pour agrandir la lettre.
« Le propre » contre le vivant
Lucien Jean dénonce une confusion encore très actuelle :
• la saleté organique (feuilles, herbes, débris naturels) n’est pas une pollution,
• les produits chimiques, eux, le sont.
Il rappelle que la nature possède ses propres mécanismes de recyclage : un géotrupe enterre une crotte de chien en une journée, les nécrophores font disparaître une souris, et une multitude d'organismes participent à l'équilibre naturel des milieux.
A l'inverse, les engins lourds, les souffleurs à feuilles et la recherche de “faire propre” détruisent les habitats essentiels.
Des solutions simples pour redonner vie à la forêt
Dans sa lettre (estimée autour des années 2000), Lucien Jean défend des mesures de bon sens :
espacer le curage des fossés, et le réaliser à l'automne ;
conserver les alliaires, valérianes, ronces, chardons, et autres plantes utiles à la faune ;
protéger les zones humides et les vieux arbres (en demandant à l'ONF des rotations de 50 à 60 ans dans les parcelles où il y a de vieux arbres) ;
bannir les pesticides (l’ONF en a utilisé dans la forêt jusqu’en 1994) ;
supprimer le recours aux engins lourds ;
espacer les coupes d’arbres, afin de préserver les sols et les arbres âgés ;
faire respecter l'interdiction du motocross en forêt.
Ces gestes simples, selon lui, permettraient le retour progressif des insectes floricoles et des oiseaux qui en dépendent.
« On préfère créer des “emplois verts” qui détruisent la vie plutôt que de la laisser revenir. »
Un héritage pour les générations futures
Le témoignage de Lucien Jean n’est pas seulement un constat amer. Il illustre un phénomène aujourd'hui documenté par de nombreuses études scientifiques : l'effondrement des populations d'insectes et ses conséquences sur l'ensemble de la chaîne du vivant.
Plus de vingt ans après la rédaction de sa lettre, ses observations trouvent un écho particulier dans les alertes lancées par les scientifiques et les associations sur le déclin de la biodiversité. Ce document constitue à la fois la mémoire d'un patrimoine naturel disparu, un témoignage historique exceptionnel et un appel à préserver ce qu'il reste encore de vivant dans nos forêts.
Lucien Jean conclut avec lucidité :
« Je vous transmets ce témoignage avec tristesse, mais aussi avec l’espoir qu’il serve à comprendre ce que nous avons perdu — et ce qu’il reste peut être encore à sauver. »









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